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Makhlouf Bouaïch : Poète et écrivain engagé

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Conscient de l’oppression qui frappait sa culture, sa langue maternelle et sa patrie, Makhlouf Bouaïch, ce kabyle fils des montagnes d’At Imel - Timezrit (Bgayet) s’est doté des jalons du combat de l’époque où la dictature du parti unique battait son plein. La conscience insoumise et son courage d’intellectuel lui ont fait connaître la mutilation et le passage à tabac dans des commissariats et des brigades.

Il connut les geôles d’Algérie dès son très jeune âge, arrêté en 1975 pour détention de documents en tamazight, il fut détenu sans jugement pendant trois mois à la prison de Constantine, puis enfermé 8 mois en 1976 à la prison de Blida. En 1986, il connut la prison civile de Bejaia où il purgea 12 mois dont 7 au cachot.

Son enfermement n’a fait que renforcer son amour indéfectible pour ses origines. Makhlouf ne pouvait rester muet, c’est à partir de sa cellule que le rebelle, fervent défenseur de la démocratie, s’est engagé dans le combat par la plume. Dans ses romans, ses poèmes et ses mémoires, il ne cesse de dénoncer l’oppression et la répression des gouvernants sur les gouvernés.

Notre écrivain et poète connut l’exil, il s’est installé en Libye puis en France où il édita ses ½uvres aux éditions manuscrit.com à Paris.

« Les enragés de l’ombre », « Le malheur de Maria », « Mémoires remuées », etc. sont autant de titres des romans, de recueils de poèmes et de mémoires de Makhlouf Bouaïch lesquels malheureusement enrichissent les étals des librairies en France et dans différents pays étrangers, excepté en Algérie.

Par N. Yakouben - La Dépêche de Kabylie du 16 septembre 2003

Le malheur de Maria

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Le choc entre la modernité et un traditionalisme despotique

Voici un roman mené d’une plume ferme, alerte et incisive, à coups de notations claires et précises ou d’images sobres et nettes.

Le Malheur de Maria, publié en France, aborde avec courage et lucidité un sujet autour duquel les médias français ont crée beaucoup de bruit et d’agitation, mais sans jamais aller y voir de près. Yasmina Khadra l’a empoigné avec son expérience propre d’ancien officier. Rachid Boudjedra l’a abordé en créant un personnage de commissaire de police femme confrontée au fanatisme terroriste.

Makhlouf Bouaich plonge, lui, dans la clarté glauque des dessous quotidiens de la lutte entre l’armée, la police et les terroristes islamistes, du point de vue d’une victime innocente, sans jamais tomber dans les clichés rebattus ni les contre-pied systématiques. Il en plante le décor traditionnel : le choc entre la modernité et un traditionalisme despotique, entre l’individu et la pression de la famille élargie ou du milieu. L’ébranlement est aggravé par la crise d’un régime qui se montre incapable d’assurer un toit et un revenu à ses citoyens, quoiqu’il ait concentré et confisqué tous les pouvoirs, économiques, politiques, culturels ou idéologiques.

L’auteur montre l’individu masculin oscillant, déchiré et ballotté, entre des exigences contradictoires et entre des valeurs irréconciliées dans le domaine intime de l’amour ou de la vie conjugale. Le tout sur fond de marasme économique et social.

L’un des aspects les plus intéressants est sans doute le tableau que l’auteur offre des affrontements cachés ou des conflits de valeurs ou de déontologies, entre les différentes composantes de ce qui constitue le principal rempart du régime contre la déferlante du fanatisme islamiste. Il esquisse une peinture ou une analyse très déliée des relations entre les différents acteurs du régime à un niveau qui n’est ni celui de la tête ni celui de la base. On y voit les complicités, les prudences, les réserves, les actes de courage solitaires au milieu des luttes entre clans et autres ambitions personnelles. On discerne l’héritage massif de la domination de l’Armée, seule institution structurée au moment de l’indépendance.

L’auteur a cependant choisi de prendre comme principal centre de son regard une femme, déchue de sa nationalité française par son union, laborieuse, avec un médecin algérien, qui avait été, elle-même précédée d’une tentative avortée pour des raisons religieuses avec un autre médecin . La plongée de cette femme, à son corps défendant (il s’agit malheureusement de ce qui n’est pas une métaphore), dans les soubassements du régime, sa réémergence à la lumière grâce à l’action d’un officier, voisin de palier, constituent le c½ur de l’action qui éclaire les niveaux obscurs des institutions publiques. D’une certaine manière le choix de cette quasi apatride par décision ou par rejet est sans doute destiné par l’auteur à souligner l’absurdité affreuse et désespérante de ce que les algériens ont appelé les années de plomb.

La fin est relativement heureuse ou recèle un goût amer : je laisse le soin au lecteur d’en décider. Voici un roman qui devrait trouver un vrai public dans le lectorat renaissant de l’Algérie d’aujourd’hui.

L’officier, Mokrane, est capitaine, un rang relativement subalterne, sa femme est restée "montagnarde", le privant ainsi d’un moyen de franchir les échelons, de devenir Commandant, par le canal de l’intrigue des épouses. D’une certaine manière cet échec le sauve. Entre l’homme que les circonstances ont placé au c½ur de la Sécurité militaire, et donc du pouvoir réel, et l’avocat en fuite de la Ligue des Droits de l’Homme, dans la clandestinité, il s’établit comme une complicité qui remonte à une jeunesse commune d’étudiant, avec en partage sans doute des idéaux, la vallée de la Soummam....

Il y a là comme le rêve que des ambitions, des désirs de puissance inassouvie puissent se sublimer vers des idéaux plus sains. Cela est possible, même plausible et sûrement bien vu. Un autre trait du roman de notre ami Makhlouf, c’est que des hommes se trouvent pris, faits comme des rats, dans des situations ignobles, où la seule issue leur paraît être le sacrifice d’eux-mêmes pour l’honneur ou l’accomplissement de leur charge, en attendant de pouvoir fuir vers un horizon meilleur. La lumière surgit du côté et à un niveau où on ne l’attendait pas. Belle leçon d’un roman généreux à plus d’un titre.

Poursuivant la réflexion sur ce roman, je souhaite ajouter qu’il serait dommage que l’aveuglement et la violence américaine discréditent une deuxième fois le Libéralisme politique, dans sa version des Lumières de Kant, critiqué par Derrida et par d’autres. Certains sont déjà à l’½uvre, essayant de puiser dans l’histoire algérienne les sources de légitimité d’une nouvelle structure. D’autres semblent vouloir passer par une réflexion sur la société, la mondialisation inévitable. Je ne suis pas sûr que l’on puisse se passer d’une pensée de la Souveraineté et la Loi, le Peuple et la raison.

Max Véga-Ritter

Professeur émérite
Université Blaise Pascal
Clermont Ferrand

LE MALHEUR DE MARIA
BOUAICH MAKHLOUF

Éditeur MANUSCRIT.COM
ISBN
EAN 9782748115260
Date de parution 14 mars 2002

Mémoires remuées

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De la poésie au journalisme, Makhlouf Bouaich, s’est convertit à l’écriture. Mémoires remuées, son premier roman, publié aux éditions ART COM. éditions retrace les mésaventures d’un jeune algérien exilé par une guerre qui refuse de dire son nom. L’histoire est pleine d’émotion, d’aventure et d’amertume. Nous l’avons rencontré et il a bien voulu se confier à nous.

Avez vous rencontré des difficultés dans l’édition ?

Avant tout, je tiens à rappeler que les éditeurs sont d’abord des commerçants, avant d’être des hommes de culture. Je ne généraliserai pas, bien sûr, en disant ça, mais, en général, ils le sont. Alors, avant que le comité de lecture ne se prononce, il juge si le livre qui lui est présenté est "vendable".

Ensuite, dans l’affirmative, il passe au stade technique : des retouches, des mal dits, des fautes de saisie, parfois même de style.

Il y a aussi la façon dont a été abordé le sujet en parlant d’une certaine catégorie de jeunes qui fuient leur pays et dont on ne parle que très peu.

Si l’auteur est tout nouveau, on essaie de lui acheter son livre pour... "Une bouchée de pain". C’est-à-dire, un petit contrat, même si le pourcentage reste le même pour tous. On l’édite à tirage très limité, même si son ouvrage paraît être aussi bon que certains auteurs de la même maison d’édition.

En ce qui concerne mon éditeur, d’après les propos qu’il m’a tenu en aparté, la forme, le style et l’histoire avaient plu au comité de lecture et l’histoire, quoiqu’il ne partage pas totalement certains points qui ont été développés, elle lui plaît, dans l’ensemble.

D’autre part, il ne s’est pas fixé une ligne éditoriale précise, mais il travaille sur une large palette qui va du roman à l’essai, en passant par la poésie, thèses, ... En arabe et en français. D’un autre côté, cet éditeur se dit disposé à aider les jeunes auteurs maghrébins, puisqu’ils ne trouvent pas facilement de maisons d’édition qui les prennent en charge, faute d’avoir un "Nom" au préalable. Quand on est déjà connu, on est édité à ses propres conditions.

À titre d’exemple, je citerai un sportif de haut talent, qui n’avait rencontré aucune réticence de la part de l’éditeur où il a présenté son livre. Il y a aussi l’exemple très frappant de Claire Chazal, célèbre journaliste de France télévision qui a été éditée "les yeux fermés", à un nombre important.

À ce propos, je vous raconte une anecdote. Un homme, inconnu, s’est permis de recopier intégralement le livre en question, en lui changeant de titre. Aucun éditeur ne l’a accepté, y compris celui qui l’avait édité... C’est dire si les jeunes auteurs sont lus, avant de voir leurs manuscrits rejetés.

Votre style est proche de celui de Feraoun…

Comme je l’ ai dit à différentes occasions, je reconnais être sous l’emprise de l’influence de Mouloud Feraoun, mais aussi de Victor Hugo, les premiers avec qui j’ai fait « connaissance ». Je pense que, dans le premier chapitre, le style de Feraoun est largement présent. Je me reconnais aussi dans l’écriture de Tahar Djaout, mais je pense qu’il avait la même influence... Je n’ai pas dit "feu Tahar Djaout", dans mon esprit, il est toujours vivant, autant que Mammeri.

Dans le livre, on reconnaît aisé­ment certains quartiers de Tunis et de Tripoli, mais, quand on lit les passages qui parlent du Lycée Ibn Sina, on ignore complètement dans quelle région on se trouve. Est-ce une omis­sion volontaire ?

Là. tu me poses une colle. D’abord, avant ta remarque, j’ignorais que je n’avais pas cité Bejaia (Bgayet). Ensuite, le fait est à la concen­tration de l’esprit, lors de l’écriture, sur les lieux où vivait réellement le person­nage, au moment même où se passaient les choses dites. Il est vrai que, à travers les pensées de Hamid, puis de Kaci, une rétrospective est faite, on revient à une certaine période de la vie des deux personnages, qui s’était déroulée dans cette ville.

D’un autre côté, c’était peut-être instinctif, certains personnages féminins pourraient, si on délimitait géographi­quement l’histoire, être reconnus... Ces personnes (ParticulIèrement deux) peu­vent s’y reconnaître, mais leurs proches ne le pourront peut-être pas. Quant au nom du ou des Lycées, il doit y avoir dans d’autres villes.

Le livre est-il autobiographique ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une autobiographie, mais il est largement autobiographique, puisqu’il retrace un itinéraire vécu, aussi bien par son auteur que par les divers personnages présents dans l’histoire. Mais, comme ça reste un roman, il y a une grande part de fiction, particulièrement la dernière partie qui, elle, est totalement fictive.

Vous êtes connu comme poète, et voilà que vous publiez un roman. Est-ce une évolution ?

Je ne pense pas en termes d’évolution et de régression. Étant deux genres littéraires différents, je pense qu’ils sont parallèles, sans être incompatibles.

Il est vrai que je suis connu (dans mon restreint milieu, bien sûr) comme poète. parce que je me suis produit pendant trois années consé­cutives au festival national de la poésie, qu’ organise chaque année l’ Association Soummam. mais le besoin de m’exprimer autrement que par la poésie. je l’avais toujours en moi même si l’occasion ne m’avait m’avait jamais été offerte de le faire.

Déjà, à l’école primaire, alors que j’étais à peine capable d’aligner un sujet, un verbe et un complément, je m’essayais à imiter les textes de Feraoun, et je construisais de petites "histoires, que je cachais, avec mes « Blek Le Roc », « Zembla », « Akim »,... Dans un buisson. non loin de chez nous. (Rire). Je les cachais. car. une fois à la maison, mon cartable était systémati­quement fouillé par mon père et, par­fois. par mon grand frère qui s’était érigé en deuxième tuteur. (Rire).

Une situation de conflit revient tout au long de l’ histoire...

Effectivement. J’estime qu’il est plus aisé d’orner l’histoire, mais je pense qu’elle ne refléterait pas "Ma vérité"... La génération dont je veux parler est en conflit perma­nent... Et puis. comme j’avais dit plus haut que le livre était quelque peu auto­biographie. j’ai respecté le véritable itinéraire parcouru... C’est vrai aussi que j’ai totalement effacé les bons moments vécus par le personnage. Même quand j’y reviens, je les assombris, en quelques sortes... Peut-être est-ce dû à la souffrance et à l’amertume du moment ?. L’exil n’est doré que dans les esprits de ceux qui le voient de loin.

D’autres projets d’écriture ?

J’ai d’autres projets, sans voir en l’écriture un avenir en ce qui me concerne. Pour diverses raisons, à com­mencer par le problème de langue. Je ne me sens pas capable de maîtriser le fran­çais au point de faire une carrière dans l’écriture... Je suis encore plus faible dans ma langue, malgré tous les efforts que j’ai dû fournir dans le passé.

Ceci dit, j’ai un recueil de poésie (en français) déjà prêt, trois autres romans, ainsi qu’un recueil de nouvelles.

Et en Tamazight ?

J’avoue que, dans ce domaine, je n’ai rien de nouveau. Tout ce que je possède date. Ce sont les poèmes que j’ai toujours présentés aux poésiades de Bejaia, ainsi que les paroles que j’ ai écrites à un jeune chanteur, disparu à la force de l’âge, Belkacem Khennoussi, qui avait beaucoup de talent, mais qui n’a pas eu le temps de l’exprimer... A Timezrit, tout le monde le connaissait et l’admirait. J’ai entendu dire que son neveu est sur le point d’éditer la cassette que ce chanteur disparu avait eu le temps d’enregistrer en France. J’espère de tout c½ur qu’il réussira cette entreprise.

Un dernier mot ?

Je tiens à remercier l’Hebdo n’Tmurt de m’avoir ouvert ses colonnes. C’est une très bonne initiative qui vient enrivhir le paysage médiatique, donc qui apporte un plus à la presse algérienne en général et locale, en particulier.

Mohand Aït Ighil
L’Hebdo n’Tmurt du 11-17 juillet 2000

Mémoires remuées
Roman - Éditions Art Com, Paris, 2000