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Rénia AOUADENE

Image de la couverture

Professeur de Lettres-Histoire
Poétesse Nouvelliste Dramaturge

BIOGRAPHIE :

Je suis née à Marseille de parents algériens originaires d’Iboulaouadène commune de Boukhelifa où je séjourne régulièrement. J’ai fait des études de Littérature et Civilisations hispano-américaines à l’Université d’Aix en Provence ainsi que des études en Sciences de l’éducation. J’ai vécu ensuite à Cordoue et Grenade où j’ai étudié l’histoire de l’Espagne arabo-berbèro-musulmane.

J’ai été militante associative, animatrice socio-culturelle et j’ai travaillé comme Formatrice auprès des populations en difficultés d’insertion sociale et professionnelle pendant 5 ans.
J’enseigne dans un Lycée Régional des Métiers à Marseille, la Littérature Française et l’Histoire et je suis responsable de différents projets socio-éducatifs à l’intention des élèves en difficulté scolaire notamment dans le cadre d’échange avec l’Espagne.

Parallèlement, je fais des lectures de mes poèmes accompagnée d’un musicien Denis Chauvet, guitariste, bassiste, auteur- compositeur. Lauréate de concours de poésie et de nouvelles. Participation à différents festivals du Livre, conférences, rencontres.

Publications :

- Poésies tirées du recueil Amer…tumes
in la revue n° 79-80 de Algérie littérature action
Ed Marsa

- La nouvelle poésie algérienne
Ed Marsa 2005

- Recueil de nouvelles : Destinées
Ed Marsa 2005

- Lectures de textes sur une musique de Denis Chauvet
(guitare –basse) « Algéries- Andalousies- Marseille »

- Pièce de théâtre : Le cri des Sebayates
Ed Marsa 2007

- La Star et le Cordonnier ( nouvelle) in la revue
n° 101 de Algérie Littérature Action Mars 2007

BOUGIE, BEJAIA, BGAYET

Lorsque le Tariq ibn Zyad accoste au port de Bejaia,
le voyageur prie pour que la mer ne soit pas déchaînée
devant ces côtes accidentées.

Au loin, on aperçoit surplombant la ville, Ima Gouraya,
lieu saint, lieu de prières où tant de pèlerins ont imploré Dieu et son Saint.
Qui a quémandé la guérison de son enfant,
qui a supplié pour que sa fille soit mariée,
qui a mendié la nourriture pour les siens …

Bejaia la musulmane regorge de lieux saints.
A l’intérieur le mausolée de Sidi – Abdelkader
et sa fontaine censée purifier les âmes,
effacer les péchés, apporter la paix…
A l’extérieur, Sidi – Saïd où
les femmes se regroupent pour faire égorger
la chèvre ou le mouton afin de nourrir les hordes de misérables
venus des villages alentour qui accourent aux cris de
« C’est un jour d’Aumône, venez manger l’assiette de couscous ! »
Un pèlerinage de plus afin de demander à Dieu, protection …

Bougie et sa place Guédon d’où le désespoir se jette.
Combien de jeunes filles, de jeunes garçons se sont envolés
devant l’absence d’issue, d’espoir, de projet.
Des rues soudain peuplées de fellahs,
paysans ayant abandonné à l’indépendance, en ces
jours glorieux, leurs gourbis, leurs terres, leurs villages…
Fellahs sans illusions, sans rêves
et sans passions.
Ils sont donc descendus pour remplir des baraques
et respirer l’odeur de ces hydrocarbures,
choix ô combien prioritaires d’une Algérie indépendante
au détriment d’une agriculture qui nourrissait
les français du temps de Madame la France !

Bougie devenue monstrueuse !
Constructions anarchiques,
toujours, toujours plus haut, encore, encore plus vaste !
Propriétaires spoliés, terres dérobées, maisons occupées,
Bougie se dresse inhumaine, sale mais encore fière.

Bgayet, la kabyle, peuplée d’enfants, bâtards, ingrats, naturels, légitimes,
debout, assis, couchés, recroquevillés
aux regards hagards, violents, haineux,
malheureux, impuissants mais si verts, si bleus, si noirs….
Berbères courageux,
de printemps en printemps qui sillonnent les rues
en criant leur slogan « Ulach Smah, Ulach Smah ! »
Aucun pardon, aucun pardon
pour un pouvoir criminel, assassin d’enfants kabyles.

Bgayet crie son attachement à sa culture,
rêve de ses ancêtres, éternels oubliés
au fin fond du livre d’histoire où jamais
n’a été écrit qu’elle était descendante du peuple Imazighen,
celui des hommes libres

Bgayet et ses poètes, ses chanteurs, ses écrivains,
ses sculpteurs inconnus qui pourtant ne demandent
qu’à déverser leur art dans les rues de la ville
pour bien montrer combien cette ville est si riche.

Bougie n’a plus de traces de ces enfants maltais,
de ces beaux italiens et sardes et siciliens, lascives andalouses…
Un jour ils sont partis, ils ont laissé Bougie.
Mais oui, ils l’ont pleurée ! je les ai rencontrés.
Ils ont toujours rêvé un jour d’y retourner.

Bejaia, Bougie, Bgayet !
C’est surtout ces visages, ces silhouettes de femmes
trop longtemps effacées, égarées, écorchées.
On les a vu pourtant déferler dans les rues
pour demander justice quand l’enfant innocent
sous les balles est tombé.

Bgayet, c’est ma ville, non je n’y suis pas née,
moi fille de Marseille.
C’est l’âme de ma mère qui traverse ces rues,
que je viens retrouver, chaque fois un peu plus.
Alors, je l’imagine enfant, adolescente,
jouant dans ces ruelles en ces temps de la France.

Bgayet, Bejaia, Bougie !

AOUADENE Rénia

( AMER...TUMES)

Le cri des Sebayates

Image de la couverture

Présentation de la pièce de théâtre :

Le cri des Sebayates est le cri de ces femmes victimes de l’intolérance. Ce n’est pas seulement le cri des algériennes c’est aussi celui de toutes celles qui au fil des siècles ont été victimes de tous les pouvoirs en place. Cette pièce s’adresse à toutes celles qui sont condamnées à porter une armure pour survivre au Pakistan, en Iran, en Afghanistan et dans bien d’autres pays…

Evidemment les Sebayates n’ont jamais eu droit à la parole. Je la leur donne en espérant ne pas avoir trahi celles qui ont eu la « chance » ou la « malchance » de survivre au calvaire qu’elles ont subi dans le maquis algérien.

Le cri des Sebayates
Editions MARSA
ISBN : 2913868-70-3
Prix : 12 euros

LE POETE

Quand le poète dort
au sommet des collines,
il guette l’horizon
pour veiller sur nos corps.
Quand le poète dort
victime de ses brutes,
ses songes illuminent
nos rêves exaltés.
Quand le poète dort,
c’est qu’il a cheminé
des heures interminables
pour achever une œuvre
qui reste inachevée.
Quand le poète dort,
c’est son souffle suave
qui envahit nos bouches,
pour mieux nous insuffler
cette force immuable
qui au loin nous emporte.
Quand le poète dort,
les vautours en colère
planent sur sa sépulture,
effrayés à l’idée
qu’un poète qui dort,
dans un dernier effort,
pourra convaincre encore
cette foule qui dort.


A Tahar Djaout.