Accueil > Culture > Livre > Shamy Chemini
Extrait :
« Je respire la vie. Je suis à la fois le temps et hors du temps. Je suis un solitaire des mers naviguant du Nord au Sud, bravant les vagues et les tempêtes (...). Lentement, je plane au dessus des sommets. Et quand la fatigue viendra, je me reposerai dans une oasis parmi les frêles gazelles... Je connaîtrai le bonheur sans le désespoir. Je vivrai sans crainte de la mort. A ce moment là, je dirai " je suis un homme libre" (...)
Azar, épuisé et haletant, s’arrêta un instant au seuil de l’abri, pour s’habituer à la pénombre. Il recula d’un pas et son pied s’enfonça dans un ventre mou. Il étouffa un cri de dégoût. Devant cet amas de chair écrasée et déchiquetée, un corps ensanglanté, sans tête, restait debout, appuyé au mur de la cavité. Ce corps sans âme, raide et décapité, semblait veiller sur le charnier. »
Nombre de pages : 233
Editeur : L’Harmattan
Réf : ORK
Extrait :
« Nos dirigeants sont en route comme des pèlerins pour visiter des capitales étrangères. Chacun revient avec, dans sa valise diplomatique, des idées rapportées de l’Orient ou des pays de l’Est. Leur Mecque à eux, c’est Moscou, le Caire ou la Havane. Leurs héros sont Staline, Tito ou Castro. Les Abane Ramdane, Karim Belkacem et tant d’autres sont déjà rayés des tablettes de l’Histoire (...)
Tamila se saisit de la coquille vide et dit à Yani : - Les jours où tu seras triste, tu la mettras au creux de ton oreille et alors, tu entendras ma voix.
Celui-ci se redressa sur ses genoux et déposa un léger baiser sur sa joue. Tamila rougit et proposa :
Et si on mangeait !
Je commencerai par une amande, s’exclama Yani, elle a la forme de tes yeux, puis par les graines de grenade qui ont la couleur de ton coeur, elles me nourriront de ton bonheur. Quant à moi, je vais prendre trois tasses de thé, 1a première pour purifier mon corps, la seconde mon esprit et la troisième pour sceller nos vies. Enfin, j’ouvrirai une noix pour qu’elle me livre ses secrets, puis j’y déposerai nos coeurs et la fermerai à jamais. »
Nombre de pages : 288 Editeur : L’Harmattan Réf : ORK2
Extrait :
« Tachefine s’exclama avec force :
Nous, les émigrés, sommes des êtres à part. Le "chez nous" n’existe nulle part. Un jour, on se réveille et on ne trouve plus notre place parmi les nôtres. On s’est aventuré au hasard, sur des chemins inconnus, pour gagner notre pain, souvent dans l’humiliation. Avec souffrance, nous nous sommes arrachés aux êtres qui nous ont chéris, on s’est éloigné, sur la pointe des pieds, prêts à franchir les mers. Ainsi commence l’errance, dans la douleur et le silence. Une fois que nous sommes isolés, les regards ne sont plus les mêmes sur notre passage. Ici, comme là bas, on dérange. On nous a appris à nous taire. L’ailleurs devient pire que chez soi.
Plus tard, enchaîna Tachefine, beaucoup plus tard, mon ami Dyssa, nos parents s’éteindront sans avoir revu nos visages et nos enfants nous quitteront sans savoir pourquoi. Certains s’inquiéteront de notre condition... Mais parfois, ils ne s’aperçoivent pas que leur voisin est mort tout seul, quinze jours plus tôt. L’odeur de la mort chez les autres les rend plus batailleurs. Puis, unanimes, ils finissent par croire que nous sommes un danger pour eux, trop peu conformes à leur société vampiriste. Au pays, on arabise, ici on naturalise... »
Nombre de pages : 295 Editeur : L’Harmattan Réf : ORK3
Extrait : « Depuis la fugue de sa soeur Nya, Syphax ne regardait plus ses parents de la même façon, ni le reste de la société. Ils étaient responsables, assurait il, de toutes les déchirures subies par les enfants de sa génération, agressés chez eux comme dans la rue. Toutes les certitudes dont ils avaient été bercées dans leur prime jeunesse étaient à présent obsolètes, vides de sens. Leurs esprits étaient obsédés par toutes les promesses non tenues et celles de ce pays natal, la France, affirmant qu’elles feraient d’eux des citoyens à part entière. Ces phrases étalées dans la presse ne signifiaient plus rien désormais. La manière dont on les dévisageait tous les jours, arrivait à convaincre les plus réticents qu’on ne désirait guère leur présence ici, comme, hélas, dans le pays d’origine de leurs parents. Durant les séjours au village, les enfants se sentaient autres, désignés du doigt, mutants nés d’une société hostile. En quête vaine de repères, ils étaient assurés de l’état d’esprit ambiant : on se serait volontiers passé d’eux. "Dorénavant, nous agirons à notre guise, guidés par nos instincts soi disant primitifs... Nous irons déchirer vos quiétudes, perturber votre ennuyeux quotidien. Votre confort égoïste vous préoccupe ! croyez bien ! nous nous appliquerons à vous faire endurer nos lois dévastatrices, réactives aux vôtres, qui nous dégoûtent. Nous serons ces casseurs qui vous empêchent de dormir, hantent vos rêves. Les dirigeants de cette société ont fait de nous des laissés pour compte. Aveugles et sourds à nos détresses, eh bien qu’ils payent ! »
Nombre de pages : 423 Editeur : L’Harmattan Réf : ORK4
Extrait : « Un instant, Byba dévala les Neiges Éternelles abritant, sous le flanc des montagnes, une jeune louve, partie à la recherche de son rêve. Un berger la découvrirait, seule. (...) Il s’arrêterait au sommet de quelque dune, au coeur du désert de Tassili. Dans cet espace infini, ébloui, il reverrait sa louve. Il se retournerait un instant, regarderait de nouveau vers elle et découvrirait une jeune gazelle qui le dévorerait de ses grands yeux. (...) Il se pencherait vers elle et lui murmurerait : " (...) Ensemble, nous mettrons au monde un nouveau genre d’homme, un homme qui ignorera le sens des mots "guerre" et "misère", un homme dont le quotidien sera nourri, dans cette vie, comme dans celles qui se suivront, peut être, d’un bonheur éternel." (...) (...) - Ce qui nous différencie toi et moi, avait dit Tanflit, un jour, à sa cousine Bassa, ce sont les sentiments. Tu es une sentimentale, malheureusement. Lorsque tu parviendras à dompter tes élans affectifs, tes passions, tu agenouilleras le monde. Crois en mon expérience, tu atteindras la perfection, tu rejoindras le bonheur. Croire à l’amour des autres est une vile illusion. Mieux vaudrait il danser pour un aveugle ; il n’y a rien derrière ses yeux. L’amour, la spiritualité sont affaires personnelles dans l’infini où chacun se cherche. Peut être trouverons-nous quelques réponses au-delà de la mort, peut être découvrirons nous notre existence alors peut être... »
Nombre de pages : 423 Editeur : L’Harmattan Réf : ORK5
Bgayet.Net Copyright (c) 1999 - 2007 - Contactez-nous - Annonce immobilière à Bejaia - Hébergé par Network Services - Liste de petites annonces immobilieres