Désolation,
Naguère, existait une ville, belle et industrieuse dont la culture était réputée.
Sa baie, son site et son climat faisaient que ses habitants en étaient fiers.
Puis, pour des intérêts occultes, par le hasard des choses et la bêtise des hommes cette ville périclitât jusqu’à faire pleurer dans la rue du vieillard une jeunesse désoeuvrée. Pour accentuer la désolation, on vit même pousser un arbre sur la corniche d’un immeuble.
Un matin, deux touristes passent, prirent une photo de l’arbre aérien, puis cheminant, découvrent une stèle au bas de la mosquée Sidi El Mouhoub. « C’est quoi ce buste » demande l’un des touristes à un passant. « C’est Texeira ». Ils prennent quelques photos et redemandent « C’est qui Texeira ?». Le passant gêné répond « Un portugais qui a dormi deux ans à l’hôtel de l’étoile ». Seulement.
Sous les étoiles, dorment de nos jours les pauvres sans logis le buste creusé par la faim.
Et voilà, comment d’un homme qui ne demandait rien, dut-il être Vasco de Gama, on en a fait le héros d’une ville qui lui est étrangère.
Et dans le cimetière, derrière Sidi Soufi, se retrouvent de temps à autre Cheikh Ahaddad, El Mekki Bacha, Mekbel et Saddek el bjaoui pour discuter du héros de la ville de Béjaia : Texeira.
Et Béjaia retourne au limon des grands naufrages
Elle qui n’a pas su vénérer ses héros et ses sages.
Abderrahmane Zakad, écrivain.
azakaddz@yahoo.fr