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Histoire de la ville de Bgayet Béjaia Bougie et sa région


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Depuis le XIème siècle 1

1ère partie

La région de Béjaïa, théâtre de nombreux événements à partir de la deuxième moitié du XI éme siècle, sa population dans ses conditions de vie comme dans sa composition ethnique en connut des répercussions importantes. Les époques les plus saillantes de ces bouleversements furent ; la transformation de Béjaïa en capitale par les Béni-Hammad - l’occupation de cette ville par les Espagnols - la domination de la région par les Français. « 

En l’an 460 (1067-68), écrit Ibn Khaldoun, En Nacer Ben Alennas (Des Bénou-Hammad) s’empara de la montagne de Bougie [9]. A Béjaïa, localité habitée par une tribu du même nom, « il fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En Nacéria mais tout le monde l’appelle Begaïa, du nom de la tribu » ( l’altération du g en j a donné Béjaïa, mais les Kabyles l’appellent Begaït [10].

En Nacer fit venir de la Kelâa des Béni-Hammad et des environs des milliers d’ouvriers pour construire en quelques mois l’immense mur d’enceinte flanqué de bastions qui part des rives de la mer et s’élève jusqu’au mont Gouraya où il se perd dans les rochers abrupts.L’enceinte terminée, il encouragea ces ouvriers à construire leur propre maison et, afin que le manque de matériaux ne devint pas un obstacle à leur réalisation rapide, il obligea" tout individu qui voudrait pénétrer dans la cité, quelle qu’en soit la raison, à apporter au moins une pierre sous peine d’une amende égale à un Naceri ". Ce moyen réussit fort bien tant auprès des grands que des humbles. La ville prit forme en peu de temps avec ses rues, ses boutiques, ses mosquées, ses fandouks et caravansérails, ses écoles, ses quais, etc ... Les environs de la ville, convertis en jardins, furent ornés de nombreuses villas, de norias, de bassins d’irrigation, créant ainsi un climat de paix et de prospérité.

Pour lui et sa famille, En Nacer fit construire un palais d’une grande beauté dont les colonnes en marbre rose furent importées de Gênes ; les meilleurs artisans et artistes italiens, tunisiens, andalous furent engagés à la finition de l’œuvre. Il l’appela Ksar-Louloua (Le chateau de la perle).

Le goût des créations. rapporte la légende, devint chez Moulay « En Nacer une passion qui l’absorba complètement, il ne songeait « plus à de nouvelles conquêtes, négligeait même l’administration « importante du reste de son empire, consacrant ainsi tout son temps « à surveiller l’exécution des travaux qu’il a conçus et ordonnés. Suivis « des grands de la cour et de nombreux musiciens, il montait chaque « soir en bateau et se rendait au milieu de la rade pour mieux contempler de là les progrès de son œuvre civilisatrice » [11].

Il parvient, un jour à tirer de ses méditations, Sidi-Mohamed Touati personnage vivant dans l’ascétisme, vénéré de tous, et l’emmena dans sa promenade au milieu du golfe. " Admire, lui dit Moulay En Nacer, les progrès de mon entreprise et la splendeur dont brille aujourd’hui notre capitale du sein de laquelle s’élèvent majestueusement les minarets de plus de cent mosquées.

" Bejaia n’est-elle pas la plus belle ville du monde et n’est-elle pas digne du nom de Meka-Seghira ? "

Sidi Touati, au lieu de s’enthousiasmer devant ce magnifique « tableau, adressa au contraire, de vives remontrances au sultan ; « blâma son ambition et sa passion aveugle pour le luxe et la manie « des créations. Tu oublis, disait-il, l’instabilité des choses humaines ; apprends donc que les monuments que tu t’obstines à élever à grands frais tomberont en ruines, seront réduit en poussière et la renommée que tu espères fonder sur leur durée s’écroulera comme eux avec le temps". [12] Moulay En Nacer paraissant sourd à toute exhortation, Sidi « Touati ôta son burnous le déploya devant le sultan pour lui cacher « la vue. J travers ce rideau improvisé et devenu transparent En « Nacer aperçut une ville, mais ce n’était pas la sienne ; partout « le sol jonché de ruines, les mosquées, le palais et les resplendissants « édifices disparus ; en un mot, ajoute la légende, il vit Bejaia des « temps modernes et presque inhabitée » [13].

Après cette manifestation magique, En Nacer, vivement impressionné et comme frappé d’aliénation mentale, renonça aux « honneurs, abdiqua en faveur de son fils [14], et à quelques temps « de là disparut pendant la nuit (1089).

On fit pendant quatre ans des recherches les plus minutieuses « pour découvrir sa retraite. Enfin, une barque de pêcheurs aborda « un jour, par hasard l’Îlot de Djerba au nord de Gouraya. Les marins « trouvèrent Sur ce rocher un anachorète presque nu et réduit à un « état prodigieux de maigreur ; c’était Moulay En Nacer. La nouvelle « de cette découverte ne tarda pas à être connue à Bejaia.Moulay « En Nacer, inébranlable dans sa résolution persista dans son isolement et mourut enfin sur son rocher ... » [15]

Mouloud GAID - Extrait de "HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION" depuis l’antiquité jusqu’a 1954 - Edition MIMOUNI 1976

[9] On appelait cette montagne « Adrar Imsyouen » la montagne d’Imsyouen du nom de la tribu qui y habitait cette partie s’appelait Timsioueth

[10] Les Espagnols l’appelèrent Bugia d’où les Français tirèrent le nom le nom Bougie.

[11] Ch. Féraud - revue africaine n°12.

[12] Ch. Féraud - revue africaine n°12.

[13] Etat de la ville à rapprocher avec son aspect des suites de la bataille livrée contre les Espagnoles en 1509.

[14] El Miansour (1089-1104) succédant à son père En Nacer ne s’établit à Bougie qu’en 1090 ( il était demeuré à la Kelaâ). Il poursuivit l’œuvre de son père sans défaillance.

[15] Revue africaine, N°12 Article de C.L. Féraud