
Une autre légende prétend que Sidi Touati l’ayant décidé à rentrer dans le monde, Moulay En Nacer vécut longtemps après. Laissant les rênes de son gouvernement entre les mains de son fils El Mansour, il serait parti à la tête d’une armée en Espagne participer à la lutte contre les chrétiens où il finit ses jours.
La renommée de Bejaia attira de partout des savants, des Commerçants, des poètes, des artistes, des marins, donnant ainsi à la ville l’aspect d’une capitale d’un pays prospère et le siège d’une puissante dynastie.
La ville prit alors une ampleur considérable. Les murailles de l’enceinte l’entourant de l’Est et à l’Ouest lui donnaient l’aspect d’un rectangle de 140 à 150 hectares. La ville se divisait en vingt-un quartiers :
· Bab el Bahar (quartier de la marine)
· Aguelmine (autour de la Mairie actuelle)
· Bridja (emplacement de l’hôpital et des casernes)
· Sidi Bou Ali (au-dessus du cimetière chrétien)
· Acherchour (quartier des Cinq-Fontaines)
· Kenitra (autour de la zaouia de Sldi Touati)
· Sidi Abdel Nadi ( environs du Fort Moussa.)
· Hab Louz (Porte du Grand-Ravin)
· Bab Mergoum (face au Djebel Khelifa)
· Azib Bakchi (citernes romaines)
· Karaman (Près de l’Eglise transformée en Mosquée actuellement)
· Kaâ Zenka (ancienne rue Trézel)
· Moumet Cheikh (Arsenal)
· Sidi Abdelhak (entre la porte Fouka et la Casbah)
· Dar Senaâ ou Sidi Seddik (au bord de la mer, entre la Casbah et la mer)
· Ain Amsiouen (au-dessus de Bridja)
· Ain Illès (près des Cinq-Fontaines)
· Ain Bou Khelil et Sidi Naïmi (près des Cinq-Fontaines)
· Ben Derra (entre Ain Illès et Ain Amsiouen)
· Tighilt (le plateau en haut du Fort Moussa et le quartier des Cinq-Fontaines)
Chaque quartier avait sa mosquée ou sa zaouia. Les principaux édifices construits par les Bani-Hammad acquirent une grande renommée pour leurs richesses et leur splendeur artistique.
Ksar Amimoun situé au pied de la montagne, à proximité de la porte du Grand Ravin ; à la bifurcation des
chemins de Sidi Touati et de l’ex-fort Clauzel.
Ksar Kaouakeb, château de l’Etoile (emplacement de l’ex-Fort Barral)
Château des troupes (casernes) - (près des anciennes citernes romaines)
Ksar Louloua (Château de la Perle) situé sur la crête de Bridja (hôpital)
Les portes de la ville étaient au nombre de six : 1 - Bab El Bahr ( porte de la marine )
2 - Bab Dar Senaa ( Porte de la Darse ) supprimée par les Espagnols lorsqu’ils battirent la Kasba.
3 - Bab el Bounoud ( Porte des Etendards - Porte Fouka, actuellement ) .
4 - Bab el Mergoum ou Bab Ber, située à la hauteur de la Koba de Sidi Amokran,au début du
chemin de Rouman.
5 - Bab Amsiouen, au. bord de Bridja
6 - Bab Es Sadat. un peu au debut du Fort Abd El Kader, sur la route qui mène vers le port
Pendant que la ville de Béjaïa gagnait en importance, celle de la Kelaa déclinait peu à peu, d’abord avec le départ de Moulay En Nacer que suivirent de nombreuses familles de toutes conditions ; ensuite, avec El Mansour (1090) fuyant la pression et l’insécurité que faisaient régner les tribus des Benou-Hillal sur le voisinage, et enfin, à la suite de la victoire de Abdelmoumen Ben Ali sur les Beni-Hammad et la chute de la Kelaa (1152).
Déjà sous le règne de En Nacer et de El Mansour, de nombreuses familles avaient été implantées en des points stratégiques dans les montagnes des Biban, des Babors et sur les flancs du Djurdjura pour constituer une ceinture de sécurité contre d’éventuelles incursions des Beni-Hillal. Ce fut à partir de cette époque que se constituèrent certains villages dans ces contrées. [16]
[16bis]
Mais l’exode le plus important fut enregistré lors de l’écrasement de la Kelaâ par les Almohades. Les populations s’éparpillèrent dans les localités voisines de Béjaïa pour bénéficier de la protection directe du souverain, et dans les montagnes du Djurdjura. Biban, Babor ainsi que dans la Vallée. Nombreuses les familles qui se disent aujourd’hui originaires de la Kelaâ, tels les Beni-Yala d’El Adjissa qui couvrent toute la région de Bouira et de Beni Mansour, les Sanhadja, les Beni-Messaoud, les Beni-Mimoun, etc... Béjaia, elle-même, n’échappe pas aux représailles du vainqueur, Moulay Yahia, démit de son trône par les Mouménides, les personnalités connues pour leur attachement à l’ancienne dynastie furent expulsées, elles se rendirent à Alger, Tunis, Constantine où elles trouvèrent refuge et emploi ; les autres partisans se retirèrent dans les montagnes voisines où elles s’intégrèrent peu à peu aux tribus Mezaïa, Zouaoua, Fenaïa, Djobabra, entre autres
La région connut, dans son ensemble, un bouleversement important, d’une part par la perte de nombreuses familles citadines parmi les plus aisées et les plus célèbres par leur savoir ou leurs fonctions, et d’autre part par l’implantation de nouveaux habitants dans les montagnes jusque là relativement peu peuplées.
Mouloud GAID - Extrait de "HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION" depuis l’antiquité jusqu’a 1954 - Edition MIMOUNI 1976
[16] Selon Ibn Khaldoun, le départ de populations de la Kelaâ débuta, pour· certains, dès l’apparition dans le voisinage des éléments précurseurs de la tribu des Benou-Hillal. La légende rapporte de la manière suivante les circonstances qui avaient amené Yala et sa famille à émigrer dans les Babor, région appelée aujourd’hui « Aït Yala-net-Zemmourine ». Yala avait un jardin aux portes de la ville où il cueillait le raisin de sa vigne en cet été de 1061. Le transport se faisait à dos d’âne dans des choiris. Habituée au même chemin, la monture regagnait seule le domicile où l’attendait le fils qui déchargeait le fardeau. L’âne revenait au jardin où Yala et ses autres enfants accomplissaient leur tâche. Le va-et-vient se faisait sans encombre. Les gens habituées à la discipline imposée par le prince El Mansour, étaient correctes, honnêtes, respectueuses des biens d’autrui, ce qui faisait de la capitale un havre de paix et de prospérité. Au cours de ce va-et-vient, l’âne, un jour, tarda à revenir. Yala, inquiet « reprit le chemin habituellement suivi par sa monture. A quelques pas de là, « il le vit arrêté, la charge en déséquilibre. Quelqu’un s’étant donc « amusé » « à perdre quelques grappes de raisin fit pencher la charge qui obligea la « bête à s’arrêter, Après avoir rétabli l’équilibre, Yala reconduisit l’âne à la « maison. Mais non loin des remparts, il vit des individus étranges qui « s’apprêtaient à camper au milieu de leurs chameaux, Il ne douta plus des « auteurs du vol de son raisin. Le soir, quand tous les siens étaient rentrés, il tint un conseil de famille « pour discuter des événements de la journée et des mesures effrayantes « qui circulaient sur les nouveaux arrivés. Après que chacun ait donné son « avis sur l’attitude à prendre en la circonstance, Yala exprima le sien en ces « termes : « l’homme au méhari dont on avait vaguement entendu parler est sous « nos murs, d’un moment à l’autre, nous risquons d’être ses victimes, son « geste d’aujourd’hui atteste qu’il est sans scrupule et qu’il ne respectera « pas le bien d’autrui, il faut avant qu’il soit trop tard quitter ces lieux, et « pour ne point éveiller l’attention des voisins, nous allons faire semblant de « nous disputer et décider, sous le mouvement de la colère, la vente de nos « biens à l’exception de la maison. Quant au troupeau, il partira dès l’aube et « nous attendra à une journée de marche vers le nord.
[16bis] Le lendemain tout se passa comme prévu, et, la nuit tombante, rien ne « manquait pour le départ, Au moment où tout le monde dormait, que la ville « était déserte, Yala et ses gens quittèrent pour toujours la Kelaâ, Au matin, « les voisins s’étonnant du silence qui régnait dans la maison, forcèrent la porte. « Les chambres étaient vides, quelques objets sans valeur gisaient ça et ià, « On remarqua cependant dans un coin un Gassaâ (plat en bois). Quand « on la souleva on découvrit deux pigeons : l’un après quelques mouvements « s’envola, l’autre se blottit dans un coin. On s’aperçut qu’il portait quelque « chose au cou ; c’était un pli portant l’inscription suivante : « Celui qui a « des ailes s’envole, celui qui en est dépourvu reste à la merci du premier « venu ». Il faisait allusion à l’intrusion des nouveaux étrangers et conseillait « à ceux qui étaient conscients du danger de quitter le pays alors qu’il était encore temps. Après quelques jours de marche, Yala et sa famille campèrent au bord « de la rivière Chertioua, au nord de Bordj Bou Arreridj, mais ce lieu n’offrait « pas les garanties suffisantes de sécurité et de viabilité : de l’eau tiède, « des moustiques pas d’abri sûr Contre un éventuel ennemi. " chargea donc son berger de repérer dans la montagne un erdroit de conditions avantageuses. Ce fut grâce à 1’un des ces boucs appelé « Abadh » qu’il trouva une « clairière bien abritée, facile à défendre, au bas de laquelle coulait une source fraîche et abondante ou sa bête venait se désaltérer aux heures chaudes de la journée. Yala s’y établie et prospéra.
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