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A Béjaïa, les arts peinent à trouver le chemin de l’école

Consensus contre la socialisation de la culture

Publie le : jeudi 25 mai 2006

En dépit de toutes les professions de foi, l’intégration des arts dans les établissements scolaires reste encore un projet illusoire.

Le théâtre, le cinéma, la musique, la peinture et tant d’autres activités artistiques pouvant susciter l’éveil de l’imagination créatrice chez l’enfant ne sont malheureusement pas une pratique très répandue en milieu scolaire.

Quant à la lecture, à quelques exceptions près, l’inexistence de bibliothèques dans ces mêmes établissements renseigne bien sur le fait que l’école n’essaie pas de créer un lien ombilical entre l’élève et le livre. Première conséquence : l’indigence culturelle et intellectuelle est devenue un trait caractérisant le jeune d’aujourd’hui si bien qu’on a acquis l’effroyable habitude de se complaire de ce constat sans crier gare.

A Béjaïa, comme sans doute ailleurs aussi, l’absence de la pratique artistique et culturelle dans les établissements scolaires participe amplement à créer une rupture radicale entre l’art et la société, si bien que l’artiste semble une créature quelque peu étrange et marginale. N’a-t-on jamais vu une pièce de théâtre ou un film présentés dans des salles presque vides au point que ce genre artistique perd sa raison d’être dans notre société ? Comment, en effet, peut-on forger un public artistique permanent sans inculquer à l’enfant d’abord le goût et la passion des arts ? Les mille et une tentatives d’introduire le cinéma dans les écoles à Béjaïa ont encore et toujours rencontré un mur d’indifférence qui n’a pas fini de faire reculer ce projet à une date très lointaine.

L’association Project-heurts, qui organise annuellement des rencontres cinématographiques, a montré toute sa volonté pour convaincre de la nécessité absolue d’initier les enfants à cet art magique, mais il semb le qu’il est pratiquement impossible d’y parvenir faute de disponibilité des acteurs du secteur de l’éducation. Même les parents d’élèves sont complètement indifférents à cette question et ne s’associent d’ailleurs à aucun projet qui puisse profiter à leurs enfants. Le projet de Project-heurts est parti de l’idée que l’enfant aime et veut apprendre le cinéma. Ce constat établi lors des projections de films pour enfants, qu’organise cette association les vendredis, a permis à celle-ci de penser que, si des séances de projections s’effectuaient dans les écoles, l’engouement des élèves serait identique et aiderait beaucoup ces derniers à s’intéresser et à s’investir dans cet art.

Malgré l’existence d’une institution théâtrale à Béjaïa, le TRB en l’occurrence, la pratique de cet art est non seulement inexistante, mais on croirait qu’il est définitivement banni des écoles. On a rarement vu une pièce théâtrale montée dans une école, à l’exception peut-être d’une seule, réalisée il y a dix longues années de cela, par le comédien Djamel Abdelli avec les lycéens d’Ibn Sina. Mis à part cette expérience solitaire, il n’existe pas de relation formelle entre l’institution théâtrale et l’école, même si en 2004, il y a eu, doit-on le reconnaître, une tentative de rapprochement entre elles à travers la programmation de pièces pour enfants, mais elles étaient presque toutes sans qualité artistique. Ce qui explique dans une large mesure l’absence d’un public théâtral dans nos salles.

Cette indigence artistique est aussi aggravée par l’absence d’une habitude de lecture chez l’élève, tous paliers confondus. Mais nos écoles sont-elles au moins équipées de bibliothèques scolaires ?

La question ne devrait même pas se poser, mais connaissant le désintérêt légendaire de notre système éducatif quant à la promotion du livre et de la lecture, il y a lieu vraiment de le faire. Il est malheureux de constater, en effet, l’absence d’une activité si vitale pour l’élève, d’autant qu’elle ne fait réagir personne. Car l’action citoyenne ne semble pas vouloir contrebalancer cette carence, ce qui donne à la fin le résultat suivant : un large consensus s’est imposé dans la société contre la culture d’une manière générale et l’art d’une manière particulière. Il n’existe pas, en effet, une floraison d’associations regroupant des hommes et des femmes de culture destinées à l’encouragement de la pratique de l’art et la lecture de sorte à susciter cet intérêt dans la société. L’artiste et l’intellectuel n’ont-ils donc aucune fonction dans la société qui pourtant ne cesse de les interpeller ?

Kader Sadji - La Tribune du 25 Mai 2006

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