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Colloque national à Béjaïa sur tamazight dans les médias et à l’école

Publie le : mardi 7 novembre 2006

« Question de volonté et de liberté de communication »

« Tamazight dans les médias et à l’école », tel est l’intitulé du colloque national organisé par le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) au campus d’Aboudaou de l’université Abderahmane Mira de Béjaïa les 5 et 6 du mois en cours. D’emblée, le secrétaire général de cette institution, en l’occurrence M. Merahi Youcef, a affirmé avoir « tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme » en raison de la situation actuelle de la langue amazighe, qui ne « s’enseigne plus que dans les wilayas de la Kabylie », alors qu’au milieu des années 1990, elle s’enseignait dans une quinzaine de wilayas. L’orateur voudrait revenir à cette situation qui intervient au lendemain des accords du 22 avril 1995. « Il faudra pour ce faire, faire sauter deux verrous, dit-il.

Le premier, l’enseignement de tamazight ne doit plus être optionnel, sous prétexte qu’il n’y a pas de demande sociale. Il doit être donc obligatoire. Le deuxième, c’est de s’occuper comme il se doit de la formation des formateurs, car elle est gérée actuellement de manière bureaucratique. »

M. Ouchellouche Djaafar, directeur de la communication au HCA, a rappelé que l’unique mission de cette institution, est d’introduire uniquement tamazight dans le système éducatif et les canaux de la communication (télévision, radio et presse écrite). « Les obstacles rencontrés résident dans la non-collaboration des organes d’Etat chargés de la réussite de cette mission. Il y a beaucoup de résistance dans ces organes pour des raisons idéologiques », regrette M. Ouchellouche, d’autant que, ajoutera-t-il, « les moyens pour le développement de tamazight existent, mais la volonté fait défaut ».

Lors de son intervention inaugurale, le recteur de l’université de Béjaïa, M. Djoudi Merabet, a toutefois annoncé qu’il sera créé dans son établissement un institut des études amazighes avec quatre départements au lieu d’un seul, existant depuis 1991.

Le linguiste Mohand Akli Haddadou, est le premier à présenter sa communication s’articulant autour du vocabulaire berbère commun.

Optant pour une classification géographique des dialectes berbères, Haddadou détermina cinq zones parlant le berbère ayant des caractères communs très forts : les dialectes du Sud (touareg ), les dialectes orientaux (l’est du Maghreb, Siwa, Tunisie, Lybie ), les dialectes nord-sahariens (Gourara, Ghardaïa ), les dialectes occidentaux (Algérie, Maroc ), et enfin le dialecte zenaga.

« Le mot berbère commun doit appartenir au moins à deux zones différentes, cela pourrait restreindre la masse du vocabulaire commun », indiquera M. Haddadou, ajoutant que le « critère de reconnaissance des mots communs obéit à une double évolution phonétique et sémantique. Avec cette méthode, je suis parvenu à élaborer un dictionnaire de quelque 1 200 racines communes sur une dizaine de dialectes berbères. Le dictionnaire a donc plus de dix mille mots berbères ».

La publication de cet ouvrage est gracieusement pris en charge par le HCA que Haddadou remercie beaucoup au passage.

M. Mostefaoui Belkacem, maître de conférences à l’université d’Alger, a plaidé, quant à lui, pour le droit des berbérophones de s’informer dans leur langue et en toute liberté. « En Algérie, où il existe quelque 5 900 cybercafés, les berbérophones se sentent exclus de ce droit absolu de s’informer dans leur langue via Internet », a-t-il regretté. Pour lui, les spécialistes des questions linguistiques se doivent de se hâter dans la standardisation de tamazight pour permettre son accès définitif dans l’outil informatique et avoir toute sa place dans l’Internet, « la mère de toutes les batailles », indiquera-t-il en soutenant l’idée que tamazight rencontrera un grand essor à travers l’Internet justement.

La radio et la télévision sont également pour lui de grands vecteurs de développement de tamazight, et doivent à ce titre être investies par cette langue. « Tamazight dans les médias, c’est d’abord une question de volonté et une liberté de communication et un droit humain », soutient-il. Il y a lieu de relever qu’en dépit de l’importance de cette manifestation scientifique, très peu d’étudiants et de culturalistes extra-universitaires ont été présents, faute de médiatisation adéquate. On y reviendra.

Kader Sadji - La Tribune du 7 Novembre 2006

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