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JEDDI OUCHIKHI, LE CENTENAIRE
Publie le : mercredi 22 décembre 2004
L’il pétillant de vivacité, le verbe assuré, une barbe longue et blanche de patriarche, Meddah Mohamed, le doyen d’Azeffoun est présumé né en 1900 comme l’atteste sa carte d’identité.
probablement plus vieux car au début du siècle passé on se préoccupait guère d’inscrire les nouveaux-nés et l’état-civil encore balbutiant remplissait encore laborieusement ses premières listes. Jeddi Ouchikh comme tout le monde l’appelle ici avec respect et vénération jouit encore à cet âge canonique de toutes ses facultés mentales et d’une bonne partie de ses moyens physiques. Il se rappelle avec précision d’une foule d’événements et d’anecdotes qui ont émaillé un siècle d’existence, entièrement consacré au travail. Quand on a la chance de s’asseoir à ses côtés, c’est l’album du siècle que l’on a le privilège de feuilleter. Lorsque la 1re Guerre Mondiale éclate, il venait à peine de quitter les bancs de l’école et à peine celle-ci terminée que le voilà mobilisé pour le service militaire dans la lointaine Syrie. Classe 20. Six mois à El Harrach à apprendre le maniement des armes et deux ans à Damas à faire le zouave pour le compte d’une France qui a appris assez tôt à se servir des Algériens comme chair à canon. Là-bas, il s’étonne de rencontrer un “mis tmourth” installé là depuis deux générations. Beaucoup d’Algériens avaient en effet choisi de s’exiler en Syrie dans le tumulte des nombreuses insurrections qui ont suivi l’arrivée des Français sur la terre d’Algérie. Démobilisé, il rentre au pays et travaille aux Ponts et Chaussées comme cantonnier sur la route Tigzirt-Beni Ksila qui venait d’être lancée et qui ne sera achevée que dans la deuxième moitié des années 1940. Un travail de forçat. Huit heures à casser de la roche avec une pioche. Il y a d’ailleurs laissé la moitié d’un de ses doigts. Après ses huit heures de galère, il rentrait à pied au village pour casser de la pierre ou travailler dans son jardin. Il y a d’ailleurs à ce propos un proverbe kabyle qui illustre avec beaucoup d’ironie cette situation : prendre la pelle pour se reposer de la pioche. Jeddi Ouchikh n’a remisé ses outils de travail au grenier que tout récemment. À 100 ans, il gardait encore les moutons et jardinait sur son lopin de terre. Sa mère a également vécu centenaire mais n’allez point y chercher un quelconque secret pour cette longévité prodigieuse dans son régime alimentaire ; il est aussi simple que frugal : de la galette, de l’huile d’olive et une poignée de figues sèches comme ses ancêtres. Aujourd’hui, c’est lui l’ancêtre : Plus de 70 fils, petits-fils et arrière-petit-fils. Une tribu, en somme, qui ne manque point de lui rendre l’hommage qu’il mérite. “Nesâada leâthav mewqqar”, dit-il modestement pour résumer cette vie qui appartient à un monde dont il ne reste plus grand-chose. Puisse Dieu lui prêter encore longue vie et bonne santé au vénérable Jeddi Ouchikh.
Djamel Alilat - LIBERTE du 22/12/2004
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