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Scène culturelle à Béjaïa - ça va de mal en pis
Publie le : vendredi 25 août 2006
Peut-on objectivement parler d’une rentrée culturelle ? Le concept est manifestement biaisé. Car, pour qu’il y ait rentrée, il faut au préalable une vie culturelle effective pour le restant de l’année. Et, tout compte fait, la culture prend-elle congé, elle aussi, une fois l’été venu ?
Sous d’autres cieux, c’est justement durant les périodes de vacances que la culture s’anime davantage Succès éditoriaux, festivals, tournées où les grands shows se manifestent partout en de pareilles occasions. En revanche, dans les régions où la culture reste tributaire des circonstances et des hasards de calendrier, on ne peut même pas parler d’activité culturelle. C’est le cas de la wilaya de Béjaïa, puisque le secteur se morfond tout bonnement dans la médiocrité. Malgré les efforts généreusement consentis ces dernières années par le TRB et quelques associations, on reste finalement loin du compte. Des institutions censées stimuler l’activité et l’animation socioculturelles n’arrivent pas à se dépêtrer de leurs propres dysfonctionnements internes.
Les périodes intérimaires alternent et les problèmes s’accumulent pour prolonger l’hibernation qui n’en finit pas. Depuis la suspension de l’ex-directeur, il y a de cela une année, le département de la culture à Béjaïa survit dans le provisoire, qui risque de perdurer, encore cette fois, au grand dam des associations et des collectifs oeuvrant dans le domaine.
Le suppléant, dont les prérogatives sont relativement limitées, se contente -bien entendu- d’expédier des affaires courantes, et les « professionnels », se plaignent naturellement de l’absence d’un interlocuteur valable. La même situation est vécue depuis toujours par la maison de la culture. La semi-vacance du poste de directeur la dispense de jouer pleinement le rôle qui lui revient dans l’essor de l’art et la promotion du spectacle. Son intervention se limite de ce fait à l’accueil des séminaires et des meetings politiques, la célébration des dates historiques ou l’animation des soirées de Ramadhan.
Son bilan est évidemment des plus faciles à établir. C’est presque le même chaque année. Le même sort est réservé aux centres culturels et aux salles de cinéma existant à travers l’ensemble des municipalités de la wilaya. Idem pour la cinémathèque qui demeurerait close sans le ciné-club mensuel de l’Association Project’heurts. A force de s’éterniser, cette situation a fini par éloigner le grand public qui se « défoule » -à défaut de mieux- dans les discothèques, les cabarets ou les cafés maures. Le comité des fêtes de la commune de Béjaïa est gelé par la mairie.
Le chapiteau estival du TRB a été délocalisé cette année sur les plages de Boumerdès. Les Poésiades de la Soummam ne sont qu’un vague souvenir. Le Festival du théâtre amateur d’Ouzellaguen a également mis la clé sous le paillasson. Le Festival de la chanson amazighe, organisé chaque saison estivale par l’APC, a été annulé cette année. Le concours des jeunes chanteurs, organisé autrefois par la maison de la culture Malek Bouguermouh d’Amizour, a fini par disparaître. Le carrefour culturel de la Soummam, rendez-vous annuel de l’Association étoile culturelle d’Akbou, n’a eu lieu aussi cet été. Le tableau est sombre à tous points de vue.
Cependant, il existe des téméraires qui s’accrochent à leurs passions pour garder, même sous perfusion, un semblant d’entrain. C’est le cas de la Ligue des arts dramatiques qui tient toujours à ses « jeudis littéraires ». Un programme hebdomadaire qui permet aux hommes de culture et aux artistes de s’exprimer sur leurs projets, de présenter leurs oeuvres et d’ouvrir un débat franc et direct avec le public. L’initiative qui a bénéficié de l’appui de quelques sponsors locaux a eu un franc succès par le passé, et ses promoteurs comptent la reconduire en améliorant davantage son contenu.
« On reprendra le programme au mois de septembre, malgré nos soucis financiers. Le maire de Béjaïa s’est engagé à nous venir en aide. Des hôteliers ont également donné leur parole pour la prise en charge de nos invités. Avec toutes ces petites contributions, Le jeudi littéraire passera à une phase qualitative », s’enthousiasme Bizeck, l’animateur de la Ligue, qui compte également mettre sur pied une troupe théâtrale en collaboration avec le collectif estudiantin Univers.
Au théâtre régional, l’objectif affiché reste de produire trois nouveaux spectacles. Une mise en scène d’un texte de Mohya, Moh Terri, sur laquelle planche -depuis quelque temps déjà- Mouhoub Latrèche, un spectacle pour enfants initié par Tassaadit, et une pièce de Djamel Abdelli, intitulée : La musique adoucit les moeurs.
Il s’agit en fait de rééditer la même performance de l’année dernière où l’équipe de Omar Fetmouche a « réussi » la gageure de monter trois pièces : Fadhma N’Soummer, Wouhouche.com et Sinistri, en l’occurrence.
Toujours en matière de perspectives, l’association Project’heurts continue d’animer son ciné-club mensuel à la cinémathèque, et prépare dans la même foulée la cinquième édition des journées cinématographiques de Béjaïa.
Voilà en gros à quoi se résument les projections des animateurs de la scène culturelle béjaouie. Une si maigre pitance qui se rétrécit au fil des années.
Kamel Amghar - La Tribune du 24 Août 2006
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