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Après une brillante carrière de 32 ans

Taleb Tahar : Les oeuvres d’esprit ne meurent jamais

Publie le : samedi 25 décembre 2004

Il y a quelque temps, il avait passé un long séjour à l’hôpital. Entouré de quelques rares amis, Tahar a vite réalisé que la carrière de l’artiste est aussi ingrate que ceux qui la vantent.

Il parle de la chanson comme il parle de la vie. Chaque mot est pesé. Rimé. Ajusté. Il évoque les maîtres de la chanson kabyle et algérienne avec fierté. Il revoit les moments, les instants, même les plus subtiles, de son époque, avec beaucoup d’attention, comme pour souligner les efforts de ceux qui l’avaient précédé dans la chanson, la musique, l’art et la culture. Lui, c’est Taleb Tahar. Un chanteur hors pair. À 46 ans, il aura enregistré 250 chansons. Avec, en rade, plus de 60 textes. Sans compter ceux composés et dédiés aux nouveaux talents et artistes à la recherche d’une lueur d’espoir. Et pourquoi pas d’une digne relève. Aujourd’hui, Taleb Tahar ne regrette rien : quand il a commencé à chanter, à l’âge de 16 ans, il avait à ses côtés les meilleurs compagnons. “On croyait à tout ce qu’on faisait. Chaque mot placé avait un sens ou un autre. On était entre le marteau et l’enclume. D’un côté, la société : il fallait chanter soft et ne pas prononcer les subtilités de la vie. D’un autre, il y avait la censure et la pression sur les artistes par un pouvoir mieux placé à piétiner la dignité de la culture. Les mœurs sociales et politiques étaient tellement rigides qu’on versait dans la métaphore et les messages codés.” En 1976, l’artiste rencontre Farid Ali. Ce dernier, qui animait l’émission Ighenayen Uzzeka (les chanteurs de demain) à la Radio nationale, donnera son quitus à Tahar. La parole et la musique sont bien travaillées. Pour Tahar, il s’agissait d’honorer les anciens et d’assurer la relève. “Akli Yahiatène, Chérif Kheddam... et d’autres monuments de la chanson nous avaient laissé un trésor. Nous n’avions pas droit à l’erreur.” La carrière s’annonçant prometteuse, Tahar s’investit corps et âme. Devant un public autrefois exigeant, il révélait son talent. Sans complexe. Devant une jeunesse partagée entre le texte politique (engagée) et la chanson dite d’amour, il s’est frayé un chemin parmi les Ouazib, Fahem, Matoub, Saïdani Rabah, Ferhat et bien d’autres chanteurs qui avaient fait le bonheur d’une époque où l’acte de chanter valait réellement la peine. La relève ? Elle était évidente. “On avait le couteau sur la gorge. On était pris de court. La chanson moderne arrivait à plein rythme. Il fallait donc diversifier les styles, les textes et les messages, tout en gardant le cachet propre à soi-même. Surtout que dans les années 1980, les jeunes ont développé l’oreille musicale.” Tahar ne croyait pourtant pas s’arrêter un jour. C’était en 1988 (jusqu’à 1992), quand il a décidé d’observer une “trêve”. Mais avec son succès, Lemri (plus de 350 000 exemplaires), il réinvestira vite la scène artistique. Dans un gala animé à Aïn El-Hammam avec Ouazib Mohand Ameziane, dans une salle pleine à craquer, Tahar redécouvre la chanson. Et depuis, il n’a pas cessé de réveiller les démons de ses fans et de se placer au devant de la scène. Devant son ami A. Djillali, qui continue à l’encourager et à le soutenir, Tahar révélera que son prochain succès fera certainement vibrer son grand public. Avec 8 textes, dont Aqvayli, Imdhanen, Ithran, Taqsit n’tayri, l’auteur des célèbres tubes Lemri et Aâtar promet de nouvelles surprises à ses fans. Cela dit, l’artiste rendra un hommage posthume à tous ceux qui ont “semé” la tolérance et l’amour, la cohabitation et le respect de l’autre, durant une époque où la chanson avait réellement besoin de femmes et d’hommes pour porter haut le message d’une société en mutation. Enfin, il déplore que les anciens chanteurs soient aussi jetés dans l’oubli, certains meurent dans l’anonymat et d’autres vivent dans la misère. L’enfant terrible de la Haute-Kabylie refuse la facilité. L’oubli aussi. “L’époque du verbe” s’éloigne de nous un peu plus chaque jour, laissant la dépravation prendre le relais.

FARID BELGACEM - LIBERTE du 25/12/2004

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